—Il pensait à moi, c'est bien cela!
Et ce fut toute l'oraison funèbre de l'ancien photographe.
Elle racheta son corps, ne voulant pas, disait-elle, que quelqu'un de sa famille fut déchiqueté, paya les frais du convoi, qu'elle suivit en grand deuil, accompagnée de son fils, furieux de cette corvée, et de quelques vieux forains qui avaient connu jadis Jean Tabary et travaillé avec lui.
—Ça m'a fait beaucoup de peine, dit-elle en revenant de l'enterrement. C'est toujours comme ça! N'est-ce pas, un homme qu'on a connu tout jeune. Mais enfin, depuis le temps qu'il souffrait... et à son âge... Ah!, vaut mieux pour lui que ce soit fini..
Le soir, elle dit en dînant à Chausserouge.
—Tu ne te figures pas le poids que ça m'ôte de dessus l'estomac! Quand je t'ai connu, t'étais marié, moi aussi... J'avais beau t'aimer, j'avais pas la conscience tranquille! Je me disais, comme cela, que ce n'était pas bien ce que nous faisions là... que nous n'avions pas le droit d'être l'un à l'autre... Aujourd'hui, nous sommes veufs tous les deux... Ça me tranquillise, il me semble que je t'en aimerai mieux.
Et, très froidement, elle fit la description du corps de Tabary, maigre comme un squelette, qu'elle avait à peine reconnu là-bas, sur la dalle froide...
—Je me suis demandé comment j'avais pu m'attacher à ce magot-là!.. C'est vrai ça, vois-tu, quand je le compare à toi!...
Et elle entourait de ses deux bras le cou de son amant, qui laissait dire et laissait faire, flatté au fond de cette comparaison bizarre de la mégère.
La situation de la ménagerie ne s'était pas améliorée, au contraire, quand on arriva à Pâques. Il avait fallu accomplir des prodiges pour faire face aux frais journaliers.