Jean Tabary était gouailleur, comme d'habitude. La réussite de son plan si rapidement conçu, si heureusement exécuté, l'absence de tout péril le rendait guilleret.

A six heures du matin, la ménagerie était nette et luisante de propreté.

Tout était en ordre.

—Tout de même, dit-il, il faut avouer qu'à quelque chose malheur est bon... Si la misère ne t'avait pas contraint de renvoyer récemment la moitié de ton personnel, nous aurions eu le veilleur, le garçon de piste qui couchait habituellement ici et alors pas moyen de nous débarrasser de l'autre...

—Mais les autres employés, qui couchent dehors et qui viendront tout à l'heure pour le ménage des bêtes, ça ne leur paraîtra pas louche de trouver leur travail fait?

—Ça, j'en fais mon affaire! répliqua Jean Tabary. En attendant, je te conseille de te débarbouiller un peu... C'est inouï ce que tu as une sale tête.

Chausserouge était en train de faire ses ablutions dans un seau d'eau quand les employés arrivèrent.

Jean Tabary les réunit autour de lui:

—Il y a longtemps, déclara-t-il, que je me plains du travail... Tous les jours, quand nous descendons à la ménagerie, nous trouvons sans cesse quelque chose à redire... Aujourd'hui, nous avons voulu vous montrer l'exemple... Voilà comment je veux voir tous les matins la besogne faite... Examinez-moi ça et tenez-vous le pour dit!

Puis il rejoignit Chausserouge et l'entraîna chez le prochain marchand de vins. A part deux cochers qui buvaient au comptoir un verre de marc, la boutique était déserte. Ils purent s'attabler dans un coin et causer tranquillement.