—Ce n'est pas tout ça, dit le dompteur, mais maintenant que nous avons de l'argent, comment expliquer cette fortune subite à Louise... pour qu'elle n'ait pas de soupçons?

Jean Tabary haussa les épaules.

—Ce sera bien simple... Tout à l'heure, quand nous aurons fini de boire notre verre de schnick, nous allons rentrer à la caravane et nous lui raconterons tout bonnement la chose.

François Chausserouge sursauta en devenant subitement très pâle.

—Lui avouer... avouer... le crime!... Tu es fou!

—Tiens, c'est toi qui es fou! riposta tranquillement Jean.

—Mais, continua le dompteur, j'aime Louise... Elle aussi, elle m'aime!... Elle ne voudra plus me voir, je lui ferai horreur... quand elle saura ce que j'ai fait... quand elle saura... que je suis un assassin!...

Jean Tabary lui mit brusquement la main sur le bras.

—Oh! mon vieux, pas d'histoires, si tu veux bien, et surtout pas de gros mots! Nous ne sommes pas seuls ici... Nous avons fait ce que nous devions et ce qui nous a convenu. Il ne s'agit pas d'avoir des regrets, puisque aussi bien il serait trop tard... En ce qui concerne Louise, tu me fais l'effet de ne pas la connaître... C'est une femme qui a les idées larges et une femme sûre dont l'avis sera précieux en la circonstance... Maintenant que nous avons gagné la partie, nous ne pourrions nous perdre qu'en commettant une imprudence. Elle est de bon conseil et si nous l'écoutons, elle qui est désintéressée dans la question et qui, par conséquent, envisagera la situation plus nettement que nous ne saurions le faire, nous sommes sûrs de ne jamais nous trahir ni être trahis.

—Tu es sur qu'elle ne s'indignera pas?