Chausserouge descendit et entra dans la tente.
La petite fille reposait sur le lit de camp qu'on lui dressait chaque soir,—depuis que son père avait élu domicile chez Louise Tabary—à côté de ceux de Fatma et de deux autres pensionnaires de l'entresort.
Elle avait le visage empourpré, les yeux cernés, les mains brûlantes.
A l'aspect de son père, son regard se mouilla, tandis que ses traits se contractaient. Sans doute la vue de son père renouvelait en elle les émotions qu'elle avait ressenties durant la terrible veille, car un tremblement convulsif secoua tout son corps.
Chausserouge s'était assis, très tendre et très caressant, auprès de sa petite fille. Il lui tâta le pouls qui lui parut agité.
—Qu'est-ce que tu as, demanda-t-il, voyons, ma petite Zézette?
Elle regarda fixement son père, comme pour se demander si elle n'avait pas été l'objet d'un cauchemar, d'une hallucination effroyable.
Cet homme, si bon, si doux, était-il bien le même, qu'elle avait vu, la nuit précédente, distribuant à ses bêtes, des lambeaux de chair humaine?
Elle avait envie de lui crier:
—Dis, n'est-ce pas? dis que j'ai rêvé! Tu n'es pas un assassin!