Une fois seule, elle se levait à son tour, parvenait en talonnant jusqu'à la ménagerie, dans laquelle elle s'introduisait en passant par-dessous le tour de toile et elle allait se blottir jusqu'au matin dans un petit nid, au milieu du fourrage, à deux pas de l'Etourdi, son poney.

Mirza, qui la reconnaissait, n'aboyait pas et venait au contraire passer sa langue sur son visage. L'haleine chaude du cheval venait la caresser et elle s'endormait, paisiblement, heureuse, sans peur, au milieu de ses bêtes.

Parfois un rugissement la réveillait. Les yeux fermés, ses lèvres murmuraient le nom de la bête... qu'elle reconnaissait au son de sa voix.

—Tiens!... Rachel qui ne dort pas!

Et elle reprenait son sommeil à peine interrompu.

Chaque nuit, depuis que le veilleur avait été supprimé, elle répétait le même manège, ne regagnant la tente qu'à l'heure précise où les employés allaient arriver pour nettoyer la ménagerie et préparer la représentation.

Ses compagnes, rentrant quelques instants plus tard, la trouvaient reposant très calme, dans son petit lit et prête à se lever.

Ces escapades étaient pour elle pleines de charme.

La ménagerie, c'était sa raison d'être; toutes les bêtes étaient ses amies; Elle respirait avec délices la senteur du foin au milieu duquel elle s'enfouissait, l'odeur âcre des fauves... Elle était là dans son élément. Là, elle oubliait tout, sa mère morte, ses chagrins de petite fille...

La nuit du crime, pendant que le service était terminé, elle était venue s'installer à sa place accoutumée, au moment même où dans sa caravane, le dompteur, aidé de son complice, dépouillait Vermieux après l'avoir assassiné.