Chausserouge poussa un soupir de soulagement. La petite ne savait rien.

—C'est comme cela qu'on attrape du mal, dit-il, d'un ton fâché... Tu vas te tenir chaudement... On va te faire de la tisane et demain il n'y paraîtra plus. Voilà ce que c'est que de désobéir à son père.

Et il s'éloigna après avoir embrassé sa fille, qui ne lui rendit pas son baiser.

—Eh bien? quoi de nouveau, demanda Louise Tabary en le voyant rentrer.

—Oh! rien de grave! La petite a pris froid cette nuit, et ce matin, elle a un peu de fièvre nerveuse... C'est tout le tempérament de sa mère, cette sacrée gamine, la moindre imprudence la flanque par terre!

La vérité était que, depuis la mort d'Amélie, Zézette, habituée aux câlineries de la jeune femme, n'avait pu prendre son parti de l'abandon dans lequel la laissait son père.

Afin de ne pas la laisser seule dans la caravane que Chausserouge désertait chaque nuit, on avait imaginé d'établir son lit dans la tente des pensionnaires de l'entresort, qui étaient censées veiller sur elle.

Mais elle avait à souffrir d'un isolement encore plus pénible. Les trois femmes ne couchaient jamais dans la tente. Elles guettaient le moment où Louise rentrait dans sa caravane, et sûres dès lors de ne pas être surprises, elles se glissaient sans bruit hors de la tente et couraient rejoindre, dans les hôtels du voisinage, l'amant en titre ou l'amant de rencontre, que leur avait fourni, dans la journée, le hasard des représentations.

Tout d'abord, elles avaient été gênées par la présence de l'enfant, mais Fatma qui, par ses prévenances, avait conquis, dès l'abord, le coeur de Zézette, s'était assurée de son silence, et bientôt elles avaient pu continuer leurs expéditions nocturnes.

Zézette, d'ailleurs, trouvait son compte dans cet arrangement. Négligée par son père, elle avait reporté sur ses bêtes toute l'affection dont elle était capable.