Elle n'eut plus qu'une idée: se sauver, regagner la tente sans qu'on la vît.
Et elle y parvint en profitant d'un moment où son père et Jean Tabary procédaient, toujours à l'aide de leur lanterne, au nettoyage de la cage extrême, occupée par les tigres.
Elle ne respira à l'aise que lorsqu'elle se sentit étendue entre les draps de son lit de camp. Mais sous le coup de la réaction qui s'opéra en elle, une fièvre la saisit qui ne la quitta plus jusqu'à l'heure où son père vint prendre de ses nouvelles.
Toutefois, et en dépit des recommandations de François, elle se leva dans l'après-midi.
Comme si la nature entière se réjouissait de la disparition de l'usurier, un soleil splendide fit affluer le public sur le champ de foire.
On eût dit que le hasard taquin avait renoncé à tenir rigueur aux forains, maintenant qu'à leur insu ils n'étaient plus sous le coup d'un remboursement qu'il leur eût été, la veille, impossible d'effectuer.
Jamais depuis huit jours, on n'avait vu pareille affluence de monde, même le jour de Pâques; jamais on n'avait réalisé d'aussi belles recettes.
Cette circonstance inspira à Jean Tabary quelques réflexions philosophiques:
—Dire que si nous avions eu ce temps-là hier, murmura-t-il à l'oreille de Chausserouge, Vermieux serait encore en vie... Demain nous aboulerions les trois cents francs que nous gagnerons peut-être aujourd'hui et nous serions moins riches, moi de douze mille francs, toi de la même somme... et tes dettes en plus! A quoi tient la vie d'un homme, tout de même! A un orage!... Tu avais raison! Il n'y a pas à dire! C'est la destinée!
Mais le dompteur n'était pas en train de philosopher. A mesure que l'heure s'avançait, une sorte d'inquiétude intime, sinon de peur, et qu'il n'avait jamais éprouvée avant d'entrer dans les cages l'étreignait et le rendait nerveux.