Quand, après le déjeuner, il descendit dans la ménagerie et qu'il passa devant les cages, il se sentit agité par un petit frémissement.
Il éprouvait un sentiment bizarre tel qu'il n'en avait jamais ressenti en face de ses pensionnaires, une sorte de crainte superstitieuse qu'il ne s'expliquait pas.
Invinciblement, et quelque effort qu'il fît pour la chasser, la vision obsédante de la scène de la nuit revenait devant ses yeux.
Sur l'étal il revoyait les membres pantelants de Vermieux et, dans le regard de ces bêtes qui avaient dévoré le corps de l'usurier, il lui semblait retrouver le regard de la victime.
Au moment d'entrer dans les cages une terreur nouvelle l'envahit. La vieille tradition des dompteurs lui revint en mémoire. La chair humaine avait un goût... et, quand les animaux en avaient mangé une fois...
Et ce Tabary qui avait passé outre, qui avait défié la légende, en donnant au plus redoutable des fauves, au plus difficile à manier, les plus gros morceaux!...
Avant de frapper les trois coups, il hésita...
Mais il songea que de l'autre côté de la cloison qui le séparait des cages tout un public attendait, un public comme il était déshabitué d'en voir à la ménagerie.
L'amour-propre finit par dominer l'effroi, et, bien que le front baigné de sueur, il fit effort sur lui-même et il heurta la porte du pommeau de son fouet.
—Passez! cria de l'extérieur Jean Tabary.