Pendant qu'on sablait à nouveau la cage centrale, Tabary rejoignit le dompteur dans le réduit où il attendait que tout fût préparé et qu'on eût introduit l'animal. François Chausserouge, l'oeil fiévreux, épongeait son front baigné de sueur.

—Eh bien! lui dit Jean, tu vas bien quand tu t'y mets. Mais, tu sais, sois prudent, tout de même... avec Néron. Il n'entend pas la plaisanterie.

—Ne t'occupes pas de ça, riposta le dompteur, d'un ton saccadé, il faudra qu'il marche... comme les autres!

Un instant après, il se trouva face à face avec le lion. Mais Néron était aussi dans ses heures de lubie. Il montra une indocilité qui exaspéra la nervosité de Chausserouge.

Ne pouvant contraindre l'animal à l'obéissance par ses moyens habituels, Chausserouge s'arma de sa fourche, marcha au devant du fauve qui, tapi dans un coin, les oreilles basses et grondant la colère, le couvait sournoisement du regard et il s'acharna sur lui.

Vaincu par la douleur, fasciné par l'oeil brillant de son dompteur, Néron bondit, sauta, lançant des coups de patte qu'esquivait à chaque coup Chausserouge en rejetant le haut de son corps un arrière.

A chaque audace nouvelle, à chaque attaque parée, le public, que passionnait cette lutte, applaudissait.

Enfin, épuisé, haletant, après avoir successivement accompli toute la série de ses exercices habituels, le lion s'accula dans un angle, le poil hérissé, la gueule sanglante...

Alors Chausserouge s'avança au bord de la cage, salua la foule, puis rejetant son fouet et sa fourche, il s'approcha de Néron, saisit de ses deux mains les mâchoires puissantes de son adversaire et, se penchant en avant, il introduisit la moitié de sa tête dans la gueule béante du monstre...

Un cri d'effroi retentit dans l'assistance, devant cet acte inouï de témérité.