Tout à coup, le dompteur se sentit pris comme dans un étau. Les mâchoires de la bête, détendues par son effort, se refermaient progressivement, les crocs s'enfonçaient, comprimaient les os du crâne.
Son corps eut un brusque ressaut en arrière, mais impossible d'échapper à l'implacable étreinte...
Dans cette seconde suprême, Chausserouge eut la conscience qu'il était perdu. Il fit appel à toutes ses forces, poussa un cri étouffé:
—A moi! Jean!
Puis, de ses doigts nerveux dont l'imminence du danger triplait la puissance, il serra à l'étouffer la gorge du monstre.
Par bonheur Jean Tabary, qui redoutait une catastrophe depuis le commencement de cette extraordinaire séance, se tenant prêt à porter secours à son associé, avait gardé à portée de sa main une barre longue et aiguë.
Il en porta, à travers les barreaux, un coup terrible dans les flancs du lion qui entr'ouvrit la gueule et Chausserouge, profitant de ce mouvement, se redressa d'un coup de reins.
Les crocs avaient creusé de chaque côté de sa face de larges sillons.
Bien qu'aveuglé par le sang, méconnaissable, il s'était aussitôt penché, rapide comme l'éclair, avait ramassé sa fourche et de nouveau avec rage, il était revenu à la charge. Le public debout, massé devant la cage, épouvanté, poussait des cris d'effroi...
En vain Tabary continuait à harceler la bête pour l'empêcher de se ruer sur son dompteur, et il clamait de toute sa force: