—En arrière! En arrière! Sors! on va t'ouvrir!
Chausserouge n'entendait rien, il frappait en aveugle, trouant à chaque coup la peau du fauve.
Hurlant de douleur, affolé à son tour, rendu furieux par la souffrance, saignant de toutes parts, le lion bondissait, s'écrasant la tête contre les barreaux.
François sans relâche, poursuivait son oeuvre de vengeance, cognant au hasard, comme un fou... Tout à coup, Néron poussa un rugissement formidable, s'enleva des quatre pattes et retomba comme une masse, la langue pendante. La fourche, poussée d'une main ferme, s'était enfoncée tout entière dans son côté.
Ce fut alors un spectacle horrible...
Comme s'il eût voulu le clouer vivant au plancher de la cage, sans se soucier des coups de griffe que l'animal lançait dans le vide, le dompteur s'acharnait sur son pensionnaire...
Enfin, les rugissements cessèrent pour faire place à des grondements étouffés, la queue cessa de battre les barreaux et le corps du monstre resta immobile baignant dans une mare de sang.
La frénésie du dompteur se calma immédiatement. Un voile passa devant ses yeux, il trébucha et tomba dans les bras des garçons de piste qui, debout derrière la petite porte, étaient entrés dès que l'animal, désormais sans mouvement, eût cessé de leur inspirer de la crainte.
Dès lors, ce fut dans tout l'établissement un tumulte indescriptible. Le dompteur était-il blessé grièvement?... Le lion était-il mort?
Jean Tabary, très émotionné par le spectacle auquel il venait d'assister, eut toutes les peines du monde à faire évacuer la baraque; puis, dès qu'il eut fait fermer l'auvent de la ménagerie, il courut à la caravane où l'on venait de transporter le blessé.