—Ah! tant mieux, songez donc! la plus belle pièce de la ménagerie!

Dans la soirée, Chausserouge eut la fièvre. On dut faire revenir le médecin. Celui-ci prescrivit un repos absolu, la diète, et dans la crainte d'un érysipèle, prodigua les antiseptiques, mais, après son départ et dès que la nuit fut complètement venue, la fièvre se changea en délire.

Très agité, le visage en feu, le dompteur prononça des mots sans suite.

—Fais sortir tout le monde, dit Jean tout bas à sa mère, il ne sait plus ce qu'il dit... il serait capable de manger le morceau...

On envoya Zézette se coucher et Louise Tabary déclara qu'elle se chargeait seule de veiller le malade. Au besoin, et pour le cas où elle serait trop fatiguée, son fils la suppléerait. Bien lui en prit, car vers une heure du matin, le mal empira et prit d'inquiétantes proportions.

Chausserouge eut le cauchemar. Au moment où on le croyait assoupi, de terrifiantes hallucinations vinrent troubler son sommeil. Il se dressa sur son séant, les pupilles dilatées, arracha d'un geste brusque l'appareil qui emprisonnait sa face et le doigt fixé sur la porte:

—Néron! Voilà Néron! attends, sale bête! Tu ne veux pas... Tu ne veux pas sauter... Attends que je prenne ma fourche! Tiens! Tiens! attrape!

Et il battait l'air de ses deux bras, mimant la lutte de la veille. Puis, tout à coup, il poussa un cri:

—Ce n'est pas Néron! C'est Vermieux... Il ricane. Il n'est pas mort! Il s'avance! Il me prend! Il me mord! Ma tête! Ma tête! A moi! Au secours! C'est Vermieux... Vermieux qui revient! Va-t'en, je te dis! Va-t'en!

Et il entourait son front de ses deux mains et, comme pour échapper à une étreinte imaginaire, enfouissait son front sous l'oreiller. Il roulait sur son lit.