—Et si mamz'elle Maria... veut bien de moi, ajouta le dompteur en implorant la jeune fille d'un regard si tendre, que celle-ci ne put s'empêcher de sourire à travers ses pleurs.
—Je consens! dit-elle, en prenant la main du meneur de loups.
Alors, le vieux ramoni pencha la tête en fermant les yeux. Tout son corps reprit une immobilité cadavérique. Soudain, deux hoquets soulevèrent sa poitrine; une pâleur de cire s'épandit sur son visage.
Le père Michel était mort.
Ce fut Chausserouge qui, le surlendemain, conduisit le deuil du ramoni.
Maria avait demandé qu'un prêtre accompagnât son père jusqu'à sa dernière demeure.
Le Voyage tout entier, à quelques exceptions près, fit cortège au cercueil.
Les rancunes semblaient s'être éteintes devant la mort et peut-être aussi, les forains, peu curieux d'initier les populations à leurs dissensions intimes, avaient-ils tenu à donner un gage public de leur bonne entente.
Lorsque Chausserouge et Maria furent de retour du cimetière, ils trouvèrent la bonne-ferte accroupie dans un coin de la caravane, l'oeil fixé sur ses tarots étalés.
Bien qu'elle ressentit une douleur réelle de la perte de son mari, sa croyance en la fatalité lui avait fait rapidement reprendre le dessus.