—Non, je te dis, c'est Vermieux! Néron est possédé par Vermieux!
Il se débattit vigoureusement et parvint à échapper à l'étreinte de Tabary qui cherchait à l'entraîner.
—Il faut que j'aie sa peau... ou qu'il ait la mienne!...
—Tais-toi! tais-toi! tu déraisonnes!
—Non!... non!... je ne déraisonne pas! Quand j'étais petit, ma grand'mère, qui était une savante, qui connaissait les choses de la vie, me l'a répété souvent:
«—Il faut toujours avoir soin des animaux... car on ne sait pas ce qu'on a à devenir... L'âme des chrétiens passe souvent dans le corps des bêtes!» Eh bien! Cette fois, l'âme de Vermieux est passée dans le corps de Néron! C'est le vieux qui me poursuit, qui ne me lâchera jamais... Je ne veux plus de cela... J'en ai assez!... Je l'ai commencé... je le finirai!... Je lui emmancherai ma fourche dans le coeur, pour ne plus voir fixés sur moi, toujours, ces deux yeux-là!... Laisse-moi, je te dis! Laisse-moi en finir!
Et complètement halluciné, le poing tendu, il marchait à la cage, face au lion, qui grattait les planches avec ses griffes et lançait avec plus de fureur, à chaque nouveau pas du dompteur, ses pattes dans le vide, à travers les barreaux, comme pour saisir et attirer à lui son ennemi.
Enfin, Jean Tabary se révolta. Il n'y avait pas à dire, Chausserouge était fou, et sa folie dangereuse risquait de compromettre d'autres que lui. Il fallait à tout prix faire cesser cet accès.
Il passa rapidement entre la cage et le dompteur, saisit face à face son associé qu'il fit pirouetter sur lui-même. Puis il le poussa devant lui, sans lui donner le temps de protester.
—Viens avec moi! viens vite! Louise nous attend!