—Mais je te dis que je veux le tuer!

—Louise nous attend! Tu le tueras plus tard!

A chaque enjambée nouvelle, la résistance du dompteur diminuait. Un peu de raison semblait luire dans son cerveau fatigué à mesure qu'il s'éloignait, maintenant qu'il ne subissait plus l'attraction dangereuse du regard du fauve.

Tabary parvint à le faire rentrer à la caravane.

—Que s'est-il passé? demanda vivement Louise en considérant les deux hommes, l'un Chausserouge, atone et affaissé, l'autre, Jean, nerveux et tremblant d'émotion.

—Il s'est passé, dit le jeune homme, que ce bougre-là va nous faire arriver de sales histoires... Est-ce que je ne le trouve pas, divaguant dans la ménagerie, en train de raconter l'affaire... Il regardait Néron et croyait voir Vermieux!... Heureusement qu'il n'y avait personne là, sans quoi... C'est de la folie!...

—Diable! il faut le surveiller, dit Louise, d'un ton très bas. Ne dis rien devant lui, s'il est fou, il ne faut pas l'exciter.

Cependant Chausserouge passait longuement sa main sur ses yeux, sur son front, comme pour se rappeler. Il regardait alternativement sa maîtresse, Jean Tabary.

—Est-ce que, par hasard, j'ai dit des bêtises?... interrogea-t-il. Je ne me souviens pas!

—Oui! dit Jean, un peu de fièvre seulement, tu croyais voir Vermieux! Couche-toi et tu sais, je ne te permettrai plus de sortir avant d'être complètement rétabli.