De plus, cette disparition mettait définitivement aux mains des Tabary l'établissement zoologique, l'acte d'association, parfaitement en règle, ayant été déposé depuis quelque temps déjà chez un notaire.
Il ne s'agissait plus pour Louise et son fils que de donner le change au public, d'affecter une douleur qu'ils ne ressentaient guère. C'est à quoi ils ne faillirent pas.
Cette mort bizarre était du reste un nouveau prétexte à réclame. L'intervention héroïque de la petite fille, qui, si elle n'avait pu sauver son père, avait contribué à empêcher que son corps ne fut mis en pièces par la bête furieuse, fut exploitée largement.
Des colonnes entières furent consacrées dans les journaux à ce fait divers peu banal.
Néron et Zézette devinrent les célébrités du jour. On vint des quatre coins de Paris contempler l'animal et l'énergique gamine.
—Ah! disait Jean à un reporter, si la Préfecture voulait donc m'autoriser à exhiber Zézette en public... avec son lion Néron! Quel succès!... Quelle fortune!...
—Vous n'y pensez pas! Mais la petite fille a échappé par miracle à la mort... Une seconde fois, elle ne serait pas si heureuse.
—Mais il y a un mois qu'elle entre tous les jours, seule, dans la cage de Néron et qu'elle panse ses blessures!... Le lion d'Androclès! je vous dis, monsieur!.. Et, cette fois, Androclès est une gamine de douze ans! Ce fauve terrible qui se débarrasserait de n'importe quel dompteur aussi facilement qu'il s'est débarrassé de ce pauvre Chausserouge, respecte Zézette! il l'aime... il est avec elle caressant comme un chien... Je vous dis que c'est très étonnant... Les bêtes ont de ces sympathies ou de ces antipathies!
Tabary tint à déployer un grand luxe pour afficher sa douleur et il dépensa sans compter pour rendre les obsèques du malheureux dompteur dignes du bruit qui s'était fait autour de cette mort.
Non seulement tout le Voyage, mais une foule imposante de curieux, suivit le convoi et accompagna le défunt jusqu'à sa dernière demeure.