Dès le retour, il fallut penser à prendre la détermination que comportait la situation des Tabary vis-à-vis de la petite fille.

Un conseil de famille fut réuni, composé de plusieurs forains notables, qui avaient été les amis de Chausserouge.

Pour tenir compte des dernières volontés du dompteur, il fut unanimement décidé que Jean Tabary serait nommé tuteur et qu'à lui devait revenir en même temps que la garde de l'enfant, la défense de ses intérêts matériels, jusqu'au jour de sa majorité.

L'administration entière resta donc de fait aux mains de Jean Tabary qui, du reste, l'exerçait en réalité depuis longtemps déjà sans contrôle.

On décida que Giovanni, dont le succès auprès du public s'était affirmé, resterait le dompteur en titre de la ménagerie et qu'à lui serait confié le dressage général de tous les pensionnaires.

Quant à Zézette, et en attendant qu'elle put apporter à l'établissement son concours effectif, elle serait, sous la surveillance de Louise, confiée aux soins de Fatma, la «première» et la plus ancienne de l'entresort.

Fatma—de son vrai nom Charlotte Niclausse—était Lorraine d'origine.

Très brune, très grande, elle jouait les premiers rôles sous les ordres de la mère Tabary; successivement femme-torpille, soeur Siamoise, femme-caméléon, elle s'était assez vite dégoûtée de ces trucs compliqués qui tenaient constamment son imagination en éveil et à l'apparition de ces Concerts Tunisiens, dont la vogue fut si grande avant leur interdiction par la police, elle s'était improvisée premier sujet de danse.

A cette époque, elle était dans tout l'éclat de sa maturité. Bien en chair, d'une figure agréable, saltimbanque adroite, elle était devenue une des trois cents Belles Fatmas, qui inondèrent Paris, après le succès de la première, la vraie.

Même après qu'elle eut renoncé à ce nouvel exercice, elle avait conservé le nom de Fatma.