—Si vous êtes plus fort que moi... prenez ma place!

Jean, piqué, l'eut pour cette réponse certainement mis à la porte, si la collaboration du jeune homme, habitué aux animaux et très sympathique au public, ne fut devenue indispensable.

Toutefois, comme il ne voulait pas laisser le dernier mot à son subordonné, il répliqua aigrement:

—On dirait, ma parole, mon cher, que vous êtes seul dompteur au monde!... Vous exercez un métier qui ne demande en somme que de l'audace et un peu d'habitude... Si j'avais commencé à votre âge... il est probable que je serais aussi fort que vous... Comme je veux vous prouver que sans être jamais entré dans une cage, je me connais en dressage autant que vous pouvez vous y connaître, je vous préviens que je vais faire moi-même un numéro. Ce sera pour vous autant de besogne de moins...

Jean Tabary avait de la hardiesse et de l'imagination.

Il inventa un intermède comique dont la Grandeur, Loustic et trois jeunes lionceaux firent les frais, et il mit son projet à exécution.

Costumé en clown, entre deux entrées de cage de Giovanni, il donnait une petite représentation qui plut beaucoup au public habituel de la ménagerie.

Grisé par ce succès, il rêva bientôt de s'attaquer à des animaux plus redoutables; progressivement, il s'entraîna, prit goût à la profession, mais pour garder un peu de variété dans les différents exercices, il s'appliqua à ne soumettre au dressage que ceux qui ne servaient pas à Giovanni.

C'était ainsi qu'on le vit présenter et faire travailler successivement un ours blanc, puis des loups russes, puis deux hyènes.

Louise Tabary applaudissait beaucoup à cette décision nouvelle.