C'était un pied de plus pour eux dans la ménagerie, d'autant plus que maintenant Jean apportait un concours effectif, n'apparaissait plus comme un intrus aux yeux des véritables dompteurs et cette énergique détermination coupait court à toutes les médisances et à toutes les calomnies.
Zézette souffrit beaucoup de cette innovation.
C'était son succès à elle que Tabary lui volait en reprenant l'idée qu'avait eue son père en la faisant débuter en Italie.
C'étaient ses animaux à elle, Loustic et la Grandeur, que le dompteur improvisé présentait au public et il rendait impossible sa rentrée dans les mêmes exercices, le jour où la Préfecture lèverait le veto, qui avait suspendu le cours de ses représentations à elle.
Elle le sentait parfaitement. C'était autant sa rivalité avec Giovanni que le désir de la faire oublier, de la détacher du métier, qui avait poussé Jean Tabary à tenter cette aventure.
D'autant plus que, bien qu'elle approchât de quatorze ans, qu'elle eût grandi autant en taille qu'en sagesse, on ne parlait plus de renouveler la demande de levée d'interdiction.
Elle dévorait tout bas son chagrin, sentant bien qu'elle n'était pas encore de force, et qu'elle se heurterait à un parti pris d'hostilité, à la volonté de lui être désagréable.
—Ah! j'aurai mon tour, disait-elle quelquefois à Fatima, l'existence que je mène ici aura une fin, je vous jure, et je reviendrai maîtresse incontestée de ma ménagerie!
Une seule pensée la consolait, la pensée que son lion, le terrible Néron, lui restait. Ah! celui-là, il était bien à elle... et il saurait lui rester fidèle!
Elle ne craignait pas que Jean Tabary vint le lui prendre... Même à Giovanni, il n'eût pas été prudent de tenter une expérience.