—C'est à quoi je réfléchis... J'ai une défense toute prête. Mais j'ai besoin de beaucoup réfléchir...

—Peut-être pourrais-je donner un conseil...

—Jamais! Ce que j'ai à dire est trop grave... et nulle que moi ne doit être dans la confidence. C'est un secret qui ne m'appartient pas... Ce n'est pas que je me méfie de toi... Mais je n'en suis pas maîtresse...

Les semaines se succédèrent sans qu'elle se sentit le courage de prendre une résolution définitive. Il vint pourtant un jour où sa situation devint si critique, où les exigences des Tabary devinrent si pressantes qu'elle dut se résigner à agir.

—Je ne sais pas, dit-elle à Fatma, comment les choses tourneront aujourd'hui... A tout événement, dis à Charlot de se tenir prêt.

Sûre de cet appui, elle s'adressa à Giovanni. Le dompteur, témoin discret de l'indigne traitement qu'on faisait subir à la jeune fille, n'avait jamais laissé passer jusque-là une occasion de lui prouver sa sympathie.

Elle comptait bien trouver aussi de ce côté une aide effective, mais elle était loin de s'attendre aux sentiments secrets qui firent explosion dès la première question qu'elle adressa au jeune homme.

Giovanni, dont l'ambition seule avait jusque-là dirigé la conduite, aimait aujourd'hui Zézette. Rien dans son attitude n'avait toutefois laissé deviné la passion qui grandissait dans son âme.

Tout d'abord une pitié immense l'avait fait s'intéresser à cette enfant que la mort de Chausserouge laissait seule en butte aux intrigues des Tabary, pour lesquels il avait dès le premier abord ressenti une instinctive aversion.

Puis cette pitié avait fait place à un intérêt dicté par le calcul. Zézette n'était-elle pas destinée à recueillir l'héritage de son père?