—Est-ce qu'on sait jamais avec les femmes! s'exclama la mère Tabary. Encore une fois, fie-toi donc à moi! C'est peut-être à cause de cela qu'elle finira par t'aimer.
—Dans tous les cas, après la façon dont nous l'avons traitée jusqu'à ce jour, elle est trop intelligente pour ne pas comprendre quel mobile me fera agir.
Cette fois, Louise Tabary s'impatienta.
—Tu m'embêtes à la fin! Je t'indique un moyen... le seul à mon sens, capable de conjurer tout danger. Profites-en ou n'en profites pas... après tout, ça m'est égal! Tu cherches des si et des cas... Tu as tenté dans ta vie des choses plus difficiles que ça... et qui n'étaient pas si utiles... Il nous faut cette petite dans notre jeu... Notre premier procédé a échoué... Nous devons essayer du second. Voilà tout.
—Je ne demande pas mieux que d'essayer, mais si, dès le premier jour, elle me fait comprendre que toute recherche, toute poursuite est inutile?...
—Tu en seras quitte pour insister... Mais si tu sais t'y prendre adroitement, ne rien brusquer, laisser venir les choses en douceur, si tu sais flatter ses manies, l'entourer de certaines prévenances, il n'y a pas de raison pour que tu n'arrives pas à tes fins. Veux-tu que je t'indique déjà une façon de lui montrer combien tu désires lui être agréable... Dès demain, cours à la Préfecture et demande pour elle à l'administration la permission de reprendre ses anciens exercices, le jour où elle aura atteint ses quinze ans. Je pense que ça doit être possible, en s'y prenant bien... Ce sera un bon point pour toi... Après tu la laisseras maîtresse de travailler avec les pensionnaires qu'elle voudra, Néron et les autres. Pendant qu'elle pensera à faire du dressage, elle ne pensera pas à autre chose. Au contraire, encourage-la à tenter quelque chose d'inédit... C'est peut-être comme cela que nous arriverons à un résultat... Car enfin, on ne sait pas... Au cours d'une entrée de cage, si un accident providentiel allait nous l'enlever, ça te dispenserait du reste. Toutefois, ne compte pas trop là-dessus, car le hasard est aveugle. La vie journalière, l'expérience t'apprendra comment tu devras agir par la suite. Mais il faut... il faut que tu aboutisses... de gré ou de force!
—Comment?... De gré ou de force? dit Jean.
—Quand elle aura quinze ans... il n'y aura plus de danger... dit Louise, et il n'y aurait en somme que nous, ses tuteurs, qui puissions porter plainte... Et dame! il peut arriver qu'un amant... dans un moment d'égarement... Il est des femmes qui ne détestent pas une douce violence...
—Comment tu me conseillerais... même d'abuser?
—Pas de gros mots, fiston! Abuser!... jamais!... La passion excuse tout... Mais s'il survenait jamais une petite complication... pourrait-elle jamais, la jeune Zézette, accuser le père de son enfant d'être un assassin?