Le réveil avait été encore plus sensible pour lui. Plus qu'elle encore, il avait souffert en songeant aux manques d'égards dont il s'était rendu coupable et il était résolu par sa conduite à venir, non seulement à les faire oublier, mais encore à mériter les bonnes grâces de la jeune fille.
Mais Louise Tabary avait beau se répandre en protestations, Zézette montrait par son mutisme qu'elle n'était pas dupe de ce si brusque changement d'allures, et qu'elle ne se méprenait pas sur le motif de ces avances.
Si la vieille femme, si Jean la respectaient aujourd'hui, la traitaient comme elle avait le droit d'être traitée, elle le devait à la crainte qu'elle avait su leur inspirer, non pas à un salutaire retour sur eux-mêmes.
Et rien ne pouvait la faire revenir sur son premier mouvement, rien ne pouvait diminuer l'horreur qu'elle éprouvait pour ces êtres à qui sa destinée était liée encore pendant des années.
Au contraire, ces prévenances inusitées lui inspiraient une sorte de défiance. Elle se tenait d'autant plus sur ses gardes qu'on était plus aimable pour elle.
Ces gens, qui n'avaient pas hésité à faire disparaître un homme, uniquement parce qu'ils lui devaient de l'argent, hésiteraient-ils à la faire disparaître, elle, pour se délivrer de la menace perpétuelle d'un témoin dangereux, si jamais une occasion favorable se présentait?
Elle était sûre du contraire, d'autant plus que sa mort laisserait les Tabary seuls propriétaires de la ménagerie.
Aussi se lia-t-elle plus intimement encore avec ses amis Fatma et Charlot, et surtout Giovanni. Ceux-là étaient sa sauvegarde.
L'indécision dans laquelle elle avait laissé les Tabary lorsqu'ils lui avaient demandé si elle s'était confiée à quelqu'un, l'affirmation qu'elle leur avait donnée qu'elle serait le lendemain vengée, si quelque chose de funeste lui survenait, la protégeait mieux que n'importe quelle dénonciation.
Giovanni qui avait attendu, non sans une certaine inquiétude, l'issue de l'entrevue de la jeune fille avec les Tabary, fut tenu au courant du résultat: