—J'ai gagné la partie, lui dit-elle le lendemain joyeusement, à présent, je les tiens... vous verrez... à l'avenir, s'ils se permettront de me malmener... Seulement, il faudra que je fasse attention, que je me tienne sur mes gardes... Si je lâchais pied, je sais qu'ils saisiraient la première occasion de reprendre le dessus... Alors... et subitement elle devenait grave, presque solennelle,—alors je serais perdue!
Elle prit dans ses mains la main de son ami, qui la considérait d'un air étonné, ne comprenant rien à ces mystères.
—Mais, encore, me faudrait-il savoir, pour vous défendre efficacement, de quoi il s'agit?...
—Ne me demandez rien... Je n'ai le droit de rien vous révéler, pour le moment du moins... Ayez seulement confiance en moi... Mon secret est grave... C'est peut-être pour moi une question de vie ou de mort... Faites comme si vous saviez...
Alors Giovanni n'insista pas et jamais plus il ne se permit une question.
Souvent, il considérait cette jeune fille, hier encore une enfant, qui tout d'un coup s'était développée au point de paraître avoir déjà dix-huit ans.
Il scrutait ces yeux noirs au fond desquels une lueur scintillait, cherchant à y lire la vérité, mais le visage de Zézette, que venait par instant éclairer un sourire pâle et triste, ne trahissait jamais les secrets sentiments qui animaient l'âme de cette fille des ramonis.
Elle, au contraire, avait deviné tout de suite, à voir l'émotion que ressentait le dompteur chaque fois qu'il se trouvait seul avec elle, quel amour il éprouvait, et elle ne l'encourageait jamais que par la confiance qu'elle lui témoignait, l'abandon avec lequel elle se suspendait à son bras lorsque, le soir, il l'accompagnait, après la représentation, jusqu'à la porte de sa caravane.
Mais bien qu'elle ne l'avouât pas, elle sentait chaque jour son affection grandir pour le jeune homme.
Elle l'aimait d'autant plus qu'elle détestait davantage les autres, qu'il était le seul homme sur le dévouement sincère de qui elle pouvait compter.