Certes, elle avait aussi Charlot, qui, sur un mot d'elle, eût bouleversé la ménagerie et étranglé Tabary, mais celui-là n'était qu'une bonne bête qui l'affectionnait par ricochet parce qu'elle était l'amie de sa maîtresse.
L'inexplicable changement des Tabary, leur humilité, l'autorité subitement reconnue par eux de la petite Zézette causa dans le personnel de l'établissement une véritable stupéfaction.
Que devait-il donc s'être passé pour que l'enfant, sans défense en apparence, eût pu venir à bout de mater les Tabary, dont tout le monde redoutait la violence?
Les plus malins en trouvèrent l'explication dans ce fait que la jeune fille venait d'atteindre sa quinzième année, et que son arrivée à cet âge constituait à Zézette des droits qu'il eût été de la part des Tabary imprudent de méconnaître.
Puis bientôt cet incident fit place à d'autres. On s'habitua à cet état de choses, le seul normal en somme, et il n'en fut plus question.
Quelques mois s'écoulèrent encore sans que rien vint rompre, pour les directeurs de la ménagerie, la monotonie de l'existence.
Les affaires allaient bien. L'établissement encaissait de belles recettes, et tout eût été à souhait pour Zézette si un petit nuage ne fût venu altérer cette belle tranquillité dont elle avait été si longtemps privée.
Elle s'aperçut qu'une hostilité sourde menaçait d'éclater entre Jean et le dompteur Giovanni. Chaque jour son intimité augmentait avec le jeune homme et il fut avéré pour elle que Tabary en prenait ombrage. Le mobile n'en devint bientôt pour elle que trop évident.
Le fils de Louise était jaloux.
Depuis le fameux jour où, selon l'expression de la mère Tabary, Jean avait cessé de la traiter en enfant, il ne l'avait plus regardée avec les mêmes yeux.