Était-ce calcul, était-ce passion?
Elle voulut d'abord attribuer les égards dont il l'entourait à la crainte qu'elle lui avait inspirée, mais il ne lui fut bientôt plus possible de conserver un doute.
Tabary poursuivait un but. Il avait dû se confier à sa mère, si elle en jugeait d'après les insinuations constantes de la vieille femme, qui ne perdait jamais une occasion de vanter les mérites de son fils, un garçon que de mauvaises fréquentations avaient jadis détourné du droit chemin, mais qui, depuis, s'était tant amendé!
Ah! la femme qui l'épouserait ne serait pas à plaindre! Et puisqu'on parlait mariage, n'allait-il pas bientôt être temps d'y songer?... Zézette si grande, si sérieuse pour ses quinze ans, était maintenant en âge...
Mais la vieille avait beau tendre la perche; Zézette faisait la sourde oreille. Comment ces gens étaient-ils assez aveugles pour ne pas voir quelle haine elle gardait au fond de son coeur, avec quel dégoût elle subissait leur société.
Le temps qu'elle passait dans la caravane de Tabary lui était odieux, mais c'était une nécessité,—la dernière—qu'elle subissait...
Quand donc en serait-elle délivrée? Elle n'existait réellement que pendant les longues heures qu'elle vivait dans la ménagerie, seule ou en compagnie de Giovanni.
Maintenant elle avait pris l'habitude de faire, une fois les représentations terminées, avant de rentrer chez elle, une longue promenade avec le jeune homme autour des baraques du Voyage. Ils marchaient lentement, heureux de se sentir l'un près de l'autre, s'entretenant de mille choses, parlant des mille détails du métier...
Lui, racontait à sa petite amie ses débuts difficiles, lui faisait part en termes mesurés, de peur de la choquer, de ses projets d'avenir...
Le jour où il trouverait une femme le comprenant bien, gentille, combien il serait heureux d'abandonner cette vie de célibataire qui lui pesait plus qu'il ne pouvait le dire...