Après avoir provoqué d'unanimes applaudissements pour la maestria et l'aisance avec laquelle elle manoeuvrait les pensionnaires ordinaires de la ménagerie, elle excita l'admiration générale pour l'énergie avec laquelle elle sut faire exécuter au terrible Néron les exercices les plus difficiles.

L'aspect de cette jeune fille au corps frêle, jolie, aux prises avec un animal dont la férocité légendaire défiait le courage des dompteurs les plus intrépides, causait une émotion énorme.

Aussi Tabary put-il, à sa sortie, prédire à la jeune fille un triomphe pareil à celui qui avait fait jadis la fortune de Chausserouge.

—Tout Paris défilera dans la baraque, ma chère Zézette! Tout Paris voudra t'applaudir! Il n'y a plus besoin de chercher autre chose! lui dit-il en lui pressant la main. Ah! si tu voulais... comme nous serions heureux et comme nous serions vite riches!

—Veux-tu me faire un plaisir? dit Zézette à qui ce retour à une proposition qui lui faisait horreur gâtait la moitié de sa joie, tu ne me reparleras plus de cela.

—Comme tu voudras! dit Tabary sèchement en lui lançant un regard furieux.

Giovanni était aussi fier que sa maîtresse du succès qu'elle venait d'obtenir. Que lui importait d'être désormais relégué au second rang, lui, qui avait jusqu'à ce jour rempli le premier rôle dans la ménagerie!

—Il me semblait, lui dit-il, que ces applaudissements qui te saluaient s'adressaient à moi... Tu étais si jolie... si désirable... dans ton costume bleu... faisant évoluer tes bêtes à coup de fouet!... Zézette!... Zézette! tu ne sauras jamais combien je t'aime!

—Si! je le sais! répondait la jeune dompteuse en s'abandonnant. Mais soyons prudent... Tabary veille!

Tabary en effet veillait. Comme Giovanni, la vue de la jeune fille avait fouetté ses sens, avivé son désir.