Cette passion qu'il avait affectée par calcul, sur le conseil de sa mère, avait revêtu un nouveau caractère.
La rivalité de Giovanni l'avait rendu sincère. A présent, il désirait vraiment Zézette, rêvait de l'enlever au jeune dompteur... A présent il aimait réellement sa pupille.
Il oubliait tout et son crime et la menace de Zézette de le dénoncer et les recommandations de sa mère, qui lui conseillait de ne rien brusquer... jusqu'à nouvel ordre. Jamais il n'avait ressenti au même degré le désir violent de posséder cette petite... qui le refusait pour se donner à un autre.
Louise Tabary à qui il fit confidence de cette exaltation en fut tout d'abord un peu effrayée.
—Fais bien attention... lui dit-elle, il ne faut pas nous mettre dans notre tort. Sois prudent! Avec une gamine aussi forte, il faut savoir prendre ses précautions...
—N'est-ce pas toi qui me conseillais l'autre jour de passer outre... de la prendre?...
—Oui... de la prendre! Mais au moment précis où tu aurais su l'amener à désirer tout bas ce qu'elle n'oserait te donner de bonne volonté. Je t'ai conseillé de lui faire une douce violence. Il faut attendre qu'elle te dise non, uniquement parce qu'elle ne se sent pas la force de dire oui... Mais il faut qu'au fond du coeur, elle te remercie d'avoir passé outre.
—Elle aime trop Giovanni et elle me déteste trop pour en être là!
—Alors, je ne puis plus te conseiller... Tu es meilleur juge que moi. Agis comme tu croiras devoir le faire... Mais sois prudent! Tu l'aimes donc vraiment?
—A tuer pour elle un autre Vermieux!