—Eh bien, vas-y! Elle te pardonnera peut-être, si elle comprend que la passion t'a seule guidé... Quant à Giovanni, j'en fais mon affaire! Dans trois jours, nous en serons débarrassés pour toujours!

—Comment?

—C'est mon secret.

—Je me fie à toi. Demain Zézette m'appartiendra.

Jean Tabary était guidé par deux sentiments qui se complétaient.

Tout d'abord, poussé par son instinct brutal, il voulait posséder la jeune fille pour satisfaire son appétit sensuel, subitement éveillé par la préférence qu'elle semblait accorder à Giovanni, puis il avait la conscience que la conquête de Zézette, même prise de force, l'assurerait à jamais de l'impunité.

S'il parvenait à la mater une première fois et puisque sa mère se chargeait de le débarrasser d'un rival gênant, il était sûr de la tenir, d'en faire sa chose, de lui enlever pour toujours la tentation de recouvrer l'indépendance qu'un instant de faiblesse de sa part lui avait donnée.

De nouveau il serait le maître, le maître absolu de la ménagerie. C'est à lui que profiterait le succès de la dompteuse et ainsi délivré du pire des soucis, il pourrait en paix attendre l'heure de la reddition des comptes.

D'ici au jour où Zézette aurait atteint sa vingt et unième année, il aurait le temps de se retourner, de voir venir et qui sait si d'ici-là un hasard heureux n'aurait pas rendu la fille de Chausserouge sa complice, aussi intéressée que lui à ne pas divulguer son crime—ou sa femme.

Il était bien décidé. Plutôt que de vivre dans cette incertitude qui le tuait, il risquerait le tout pour le tout, se perdrait irrémédiablement ou s'assurerait une victoire définitive.