—Vois-tu, dit Zézette, je voudrais avoir dix-huit ans... Alors je serais plus forte... je me ferais émanciper. Et puis, quand même ça ne conviendrait pas à ces Tabary, qui t'en veulent tant, je ne sais pas pourquoi... je pourrais me marier avec toi... Alors, nous serions deux...
—Laisse passer le temps, ma chérie, le temps viendra...
—Oui... Mais d'ici là? Moi, je me tirerai toujours d'affaire... Ils ont trop besoin de moi et, après tout, je les tiens! Mais toi, qui restes malgré eux dans la ménagerie, toi, dont je leur ai imposé la présence!... Ah! je t' en prie, prends bien garde!
Il était une heure du matin quand les deux amants se quittèrent. Zézette rentra chez elle, alluma sa lampe et ferma sa porte à clef. Elle se préparait à se déshabiller quand un bruit la fit retourner.
Derrière elle Jean Tabary debout la regardait l'oeil brillant de convoitise.
—Toi, ici! que fais-tu? demanda Zézette qui se sentit devenir pâle.
—Je t'ai prévenue, dit le jeune homme, la voix haletante. Je t'ai fait l'aveu de la passion que j'éprouve, tu n'as jamais voulu m'écouter. Tu me fermes la bouche chaque fois que je veux te faire entendre une parole d'affection. Tu affectes de croire que parce que j'ai sur la conscience un acte que j'ai regretté et qui me pèse, je suis incapable de tout bon sentiment. Je tiens à te prouver le contraire. C'est pourquoi je suis venu ce soir...
—Je n'ai pas à t'écouter... je ne veux rien entendre de toi! Va-t'en! je t'ordonne de t'en aller!
—Non! je ne partirai pas avant que je t'aie dit tout ce que j'ai à te dire. La vie désormais m'est insupportable sans toi... Je te veux!... Chaque fois que je te regarde, je sens en moi quelque chose qui m'enlève la notion de tout ce qui m'entoure... Si je suis un misérable, je sens que ton amour me rendrait meilleur... Je t'aime, je veux que tu m'aimes!
—Encore une fois, va-t'en! dit Zézette en passant derrière la table qui la séparait du lit.