—Et depuis que tu prodigues à ce Giovanni les marques de ton affection, à la vue de tout le monde, je suis pris d'une jalousie que je ne puis refréner. Je voudrais le prendre, le tenir en mon pouvoir, le tuer, pour être à sa place... Ah! un jour ou l'autre, nous réglerons cette affaire de lui à moi, je te le promets... Après tout, tu es ma pupille, j'ai autorité sur toi! Et c'est lui qui t'a détournée!
—As-tu donc déjà oublié nos conventions? Un mot de plus et dès demain, je mets ma menace à exécution! cria Zézette dont les doigts se crispèrent sur le dossier d'une chaise.
—Eh bien! que m'importe! Tu me dénonceras! On m'arrêtera! J'aime mieux tout que la vie que je mène. Le scandale ruinera la ménagerie et je serai vengé!... Que m'importe la vie si je ne t'ai pas!... Aussi bien, est-ce une vie que le supplice que j'endure sans trêve?... Je te veux... Nous serons l'un à l'autre toujours... Sinon...
—Sinon, quoi? demanda Zézette épouvantée de l'expression du regard de Tabary.
—Sinon... je te prends! De gré ou de force tu m'appartiendras!
Il écarta la table et fit un pas vers la jeune fille.
—N'avance pas! dit Zézette résolument en saisissant un chandelier qui se trouvait placé sur une petite commode. N'avance pas ou j'appelle et je frappe!...
—Tu appelleras! dit Jean narquoisement. Et qui donc? Giovanni sans doute? Il est loin à présent!... La ménagerie est isolée. Les caravanes voisines sont désertes. Celles qui sont occupées renferment des gens qui dorment et que tes cris n'éveilleront pas. Crois-moi, ne résiste pas... Tes coups ne m'effraient pas plus que tes menaces!
Il n'avait pas achevé que Zézette ayant d'un revers de main ouvert la petite fenêtre, appelait de toute la force de ses poumons:
—Giovanni, à moi! à l'aide! au secours!