L'enfant faisait la moue et ne répondait rien, mais il était facile de voir que dans sa petite tête était née et s'affermissait la résolution bien arrêtée de vivre comme avaient vécu ses parents.

Néanmoins, le dompteur tint bon, malgré les avis de la bonne-ferte qui soutenait l'enfant dans sa révolte.

—Jamais un ramoni n'a été au collège... laisse-le donc vivre en ramoni!

Chausserouge n'entendit rien.

Quand l'enfant eut dix ans, malgré ses cris et ses protestations, il le plaça dans une institution, à Saint-Mandé.

Quatre jours après, il le retrouvait un soir dans la ménagerie, installée alors boulevard de la Villette, blotti derrière la caisse aux serpents.

François avait profité de la première promenade pour s'échapper.

Le dompteur, inflexible, prit son fils par l'oreille et le reconduisit incontinent, en le recommandant d'une façon particulière.

François Chausserouge passa cinq ans dans cette maison d'où on se serait bien gardé de le renvoyer, car le père payait largement; mais jamais on n'avait vu élève plus indocile, plus indiscipliné, plus amoureux de sa liberté.

Il grandissait, s'adonnait avec passion à tous les exercices du corps, mais il montrait pour l'étude une répugnance invincible, à ce point qu'il avait dû redoubler toutes ses classes et qu'il dépassait de la tête tous ses camarades de cours.