Il fallait donc mettre le dompteur à l'abri de toute tentative de ce genre, et c'est alors qu'elle songea à avoir recours cette fois à la protection de Charlot.
Avec un pareil appoint, elle se sentait de force à lutter contre les Tabary.
Fatma, qui s'était mise, ainsi que son lutteur, si aimablement à sa disposition, fut la seule à qui elle fit la confidence de ce qui s'était passé.
Aucune indiscrétion n'était naturellement à craindre de la part de Jean, qui, dès son retour à la caravane de sa mère, s'était mis au lit, faisant répandre par Louise le bruit d'une chute qui l'obligeait à quelques jours de repos.
Fatma ne montra pas le moindre étonnement en entendant le récit que lui fit la jeune fille de la tentative de viol dont elle avait été victime.
—De la part de Tabary que je connais depuis des années, dit-elle, il faut s'attendre à tout, c'est crapule et compagnie!... Seulement dans cette affaire-là, tu as le beau rôle, il faut le garder. Tu as raison de vouloir que ton amoureux ne se montre plus. Viens avec moi, nous allons trouver Charlot, qui est à sa baraque... En route nous réfléchirons sur ce qu'il y a lieu de faire.
Il était deux heures de l'après-midi; la ménagerie ne donnait qu'à quatre heures sa première représentation de jour; ils avaient le temps d'aviser.
—Je ne veux plus, dit Zézette, remettre jamais les pieds dans la caravane des Tabary. Ce matin, j'ai déjeuné avec Giovanni au restaurant. Mais tout à l'heure, quand je vais me trouver dans la ménagerie en face de Louise, qu'est-ce que tu me conseilles de faire?
—Rien du tout. Attendre, agir comme si rien ne s'était passé. Ne souffle pas mot de ce qui t'est arrivé dans la nuit, mais exige tout ce que tu voudras. Ce que tu sais, ce qu'on t'a fait, te dégage complètement et ils doivent s'estimer heureux que tu ne profites pas de cette circonstance pour te plaindre. Et au fait, pourquoi ne te plaindrais-tu pas?
—Parce que, dit Zézette, je ne veux avoir aucun rapport avec la police. Cela m'entraînerait à dire des choses qui ne doivent pas sortir de ma bouche... Si jamais je juge utile, quand le moment sera venu, de me venger, je veux le faire seule et n'avoir recours à personne. J'ai mes raisons pour cela.