Et en parlant ainsi d'un ton très modéré, très calme, les yeux de Zézette brillaient d'un éclat inaccoutumé.

On eût dit que maintenant qu'elle se sentait plus forte, mieux armée, partant plus sûre de réussir, elle mûrissait un plan, caressait un projet, que la protection dont elle allait être l'objet et le concours des circonstances allaient rendre réalisable.

Elle sourit, puis, sur un ton assez indéfinissable:

—Je me souviens, ajouta-t-elle, que mon père m'a dit souvent: Zézette, chez ceux de notre race, les vrais ramonis, il est un principe dont il ne faut jamais s'écarter, si l'on veut maintenir intactes sa dignité et son indépendance: oeil pour oeil, dent pour dent! Eh bien! on m'a fait souffrir, on a fait souffrir mon père, j'acquitterai cette vieille dette, je rendrai au centuple tout ce qu'on m'a fait... Je vengerai du même coup et mon père et ma mère, que Louise Tabary a tuée, et moi-même... Et cela toute seule, avec vous deux et Giovanni, si vous voulez m'aider... quand le moment sera venu...

—Mais pour le moment? interrogea Fatma. Que veux-tu de nous?

—En attendant que l'heure ait sonné, je veux être à l'abri d'une scène semblable à celle d'hier... simplement.

—Zézette, ce n'est pas gentil... Pourquoi nous fais tu mystère, à nous, tes amis, sur qui tu comptes, de tes projets d'avenir?... Nous pourrions peut-être dès à présent t'aider plus utilement.

—Non! Non! riposta Zézette, plus tard... plus tard, je t'en prie!

Et elle ajouta en riant:

—Je ne me suis confiée jusqu'à ce jour qu'à mon lion Néron, qui me comprend, lui... et qui m'approuve... Je n'ai rien dit à personne, pas même à Giovanni... Mais, tu verras, tu verras!