En ce moment les deux femmes arrivaient à la baraque de Bertrand (de Marseille), chez qui était engagé Charlot.

Le jeune lutteur, bien cambré dans son maillot, était en parade, car le patron des Arènes donnait sans discontinuer, toutes les demi-heures, des représentations pendant l'après-midi entière.

Déjà la foule nombreuse des curieux venus à la fête entouraient l'estrade, le bonisseur avait embouché son porte-voix et conviait les amateurs de belles luttes à entrer «afin d'admirer la force et l'adresse des plus redoutables champions français, tous engagés par M. Bertrand, si soucieux de conserver à son établissement unique au monde, son renom et sa clientèle».

—Crois-tu qu'il est beau! dit Fatma en s'arrêtant subitement et en désignant à son amie le torse musculeux de Charlot. Il ne nous a pas aperçues. Nous allons entrer par derrière sans qu'il le sache et nous le verrons lutter.

—Si tu veux! dit Zézette, auquel plaisaient tous les genres d'exercices qui demandent du courage ou de la force.

Elles assistèrent à la représentation, cachées dans le coin le plus sombre de la baraque.

Après l'enlèvement des haltères par un colosse appelé le Terrible Toulousain, qui jongla également avec des poids de cinquante kilogrammes, on aborda la partie la plus intéressante de la représentation.

Charlot fut un des vainqueurs.

Fatma, les yeux béants d'admiration, serrait le bras de sa compagne à chaque coup que portait son amant, à chacune de ses parades savantes.

—Tu sais, dit-elle tout bas, il lutte avec un comtois, un lutteur payé pour cela, qui figure l'amateur, mais je crois qu'il nous a vues et c'est pour de bon qu'il se tirait la bourre... Hein! est-il beau? Crois-tu qu'avec un gars comme cela tu pourras être tranquille?