Après la représentation, Fatma tomba dans les bras de son amant.

—Tu sais, je suis bien souvent méchante avec toi... Mais chaque fois que je te vois travailler, ça me fait la même émotion et le même plaisir. J'oublie tout!... Dans ces moments-là, tu pourrais me demander ce que tu voudrais.

Charlot sourit d'un air un peu fat et embrassa sa maîtresse.

—Tout ça, prononça-t-il, au fond c'est de la blague, si tu me voyais me battre sérieusement, ça serait bien autre chose!

—Eh bien! y a peut-être Zézette qui a de l'ouvrage à te donner.

—Ah! tout ce qu'elle voudra, dit Charlot galamment, du moment que ça vous fait plaisir à toutes deux.

Le lutteur était un garçon d'intelligence très fermée, d'esprit un peu lourd. Très fier de ses biceps, il était dévoué à l'excès et s'il était heureux de mettre sa vigueur au service des faibles et des «dames», comme il disait, c'était autant par orgueil que par bonté d'âme.

Pour Fatma, qui avait sur lui une influence énorme, il se fut lancé sans une objection dans les aventures les plus périlleuses, sans se soucier le moins du monde, ni même se douter du danger.

Il était honnête, mais d'une honnêteté à lui, qui l'empêchait de concevoir et par conséquent d'accomplir une mauvaise action, mais son inconscience lui eût fait commettre une infamie, sans du reste qu'il s'en doutât, simple instrument dans la main de sa maîtresse.

—Attendez un peu, dit-il aux deux femmes, qu'on ait distribué le «rouleau». Après ça, je suis à vous.