—Celle de me débarrasser de Jean Tabary, répliqua tranquillement la fille de Chausserouge. Je vous ai raconté tout à l'heure comment il avait été le mauvais génie de ma famille... Aujourd'hui il est encore mon ennemi... A bref délai, je serai sa victime, si je ne me révolte pas... Le moment est donc venu... Il faut que Jean Tabary ou moi disparaissions... Hier, nous nous sommes lancé un dernier défi, la mère Louise et moi... Il faut que demain tout soit fini... Après-demain, il sera peut-être trop tard!
—Mais, interrompit Fatma, tu partes absolument de te débarrasser d'un homme comme de la chose la plus naturelle du monde... Et la police?...
—Il ne tiendrait qu'à moi de la mettre en mouvement... Mais je vous ai déjà dit que je voulais agir par moi-même... Il ne s'agit que de savoir choisir son moyen pour qu'elle n'ait rien à dire...
—Il y a l'exemple de Vermieux, dit Giovanni, comme tu nous l'a raconté tout à l'heure. Je ne pense pas que ce soit ce moyen que tu as choisi. Ça réussit une fois, mais rarement deux fois...
—Il y a Néron, simplement... dit Zézette, mon Néron, qui m'obéit comme un chien docile et dont la férocité est connue de tout le personnel de la ménagerie...
—C'est vrai que Néron ne ferait qu'une bouchée de Jean Tabary, dit Fatma, mais comment arriver à?..
—Je n'hésite qu'en ce qui concerne le moyen d'exécution... Tabary, pour son inoffensif numéro, entre dans certaines cages... Une erreur du garçon de piste peut faire pénétrer dans la cage centrale l'animal furieux au lieu de Loustic ou de la Grandeur, mais ça ne pourrait se faire qu'en pleine séance, en public, au cours des représentations... Et ce moyen-là est dangereux... Il en est un autre: Ouvrir la porte de la cage et y jeter, la tête première, Tabary. Avec l'aide d'un gars comme Charlot, ça serait facile, mais Charlot voudra-t-il se compromettre à ce point?... conclut Zézette en regardant fixement le lutteur.
Charlot ne broncha pas. Devant cette interrogation muette de la jeune fille, il haussa légèrement les épaules..
—Puisque je t'ai dit que j'étais décidé à tout.,. S'il le faut, je te le jure, j'empoignerai ton Tabary par la peau du cou et je me charge de te l'enfourner comme un simple pain de quatre livres.
—Nous n'en arriverons là que si nous ne pouvons faire autrement, dit Zézette, qui parlait de cette résolution extrême de la façon la plus naturelle du monde. Je ne voudrais pas compromettre pour rien l'ami Charlot.