On était au dessert quand Giovanni, qui avait été retenu jusque-là par les occupations multiples qui lui incombaient depuis l'indisposition de Jean, vint retrouver ses amis.
—Je ne sais pas, dit-il à son tour, ce qu'a la mère Louise, aujourd'hui. Je la connais, je suis sur qu'elle manigance un tour de sa façon... Ouvrons l'oeil!
Zézette prêtait, sans y prendre part, une oreille distraite à cette conversation.
Enfin, et comme si elle sortait d'une rêverie qui l'avait transportée à mille lieues de ses complices:
—Aujourd'hui, l'heure est venue de tout vous dire... Je vais vous révéler mon secret...
Et d'une voix haletante, pleine d'émotion, elle raconta tout, les intrigues des Tabary au lendemain de la mort de son grand-père, l'histoire de sa mère, morte à petit feu, minée autant par le chagrin que par la maladie, l'influence néfaste de Tabary sur Chausserouge, l'assassinat de Vermieux, auquel elle avait assisté, la mort de son père, les scènes qui avaient suivi la fin du dompteur, et elle conclut:
—J'ai eu beau les menacer de tout dire. Je ne m'en sens pas le courage, et d'ailleurs, je manque de preuves. Ils l'ont deviné et veulent passer outre. A tout prix, les Tabary veulent me faire disparaître pour rester les seuls maîtres de la ménagerie. Demain, j'aurai gagné... à moins que ce ne soit eux! Si nous restons victorieux, je veux que nous ne le devions qu'à nous-mêmes, sans l'assistance d'aucune police et j'ai pris une résolution terrible...
Elle se tut.
Zézette avait parlé d'un ton si solennel que tous les assistants sentirent que la décision de la jeune fille était irrévocable.
—Laquelle? demanda enfin Fatma.