Amélie avait vingt ans et était fille unique.
A elle seule devait donc revenir un jour l'héritage du vieil Auvergnat, un malin lui aussi, qui à force d'économie, avait su arrondir sa pelote.
C'était donc un parti. Le fils Chausserouge pouvait décemment épouser. Les deux compères eurent à ce sujet une longue conversation et ils tombèrent d'autant mieux d'accord, qu'Amélie, pressentie à ce sujet, laissa comprendre que son union avec le jeune dompteur mettrait le comble à ses voeux.
François était son camarade d'enfance. Ils avaient été élevés côte à côte, la baraque de Collinet avoisinant toujours la ménagerie de Chausserouge.
Puis, à mesure qu'ils avaient grandi, l'affection fraternelle que la jeune fille portait à son ami s'était changée en une sorte d'admiration muette qu'elle n'osait manifester.
Elle avait été, comme tout le monde sur le Voyage, spectatrice attristée du changement si radical survenu dans la manière de vivre de François et, plus que personne, elle en avait souffert tout bas.
Et voilà que ce rêve formé au plus profond de son coeur de devenir un jour la compagne du jeune dompteur allait peut-être se transformer en une réalité.
Certes, une bien vive tendresse l'attachait à son père, dont elle était l'utile auxiliaire, mais elle n'hésiterait pas à quitter cette caravane dans laquelle elle avait vu le jour pour se consacrer toute entière à l'être chéri pour le bonheur duquel il lui semblait qu'elle était née.
Depuis ses récents succès, François l'avait bien un peu négligée... Il avait paru oublier son amie des premiers ans, cette petite Amélie si douce, si aimante... Il lui en avait préféré d'autres plus belles, plus riches... Mais elle lui pardonnait toutes ses fautes passées, puisqu'il allait lui revenir et pour toujours!
Et elle lui montrerait tant de soumission aveugle, tant de dévouement, qu'il finirait bien, à son tour, par l'aimer un peu!