Le père hochait la tête, n'osait pas insister, et des semaines, des mois, des années passèrent, sans que rien vint remédier à un état de choses qu'il ne pouvait s'empêcher de déplorer.

A vingt-cinq ans, le fils Chausserouge était devenu un dompteur accompli, mais il s'était acquis une réputation de noceur et de bourreau des coeurs dont il tirait vanité.

Sur tout le Voyage, on ne l'appelait plus que «le beau François».

Il était le chef reconnu de la jeunesse foraine et la chronique scandaleuse ne s'alimentait que du bruit de ses conquêtes et de ses exploits.

Puis peu à peu et à mesure que sa renommée grandissait, le jeune homme se fit des relations en dehors de son monde.

Il s'était trouvé en rapport avec des reporters, des boulevardiers à l'occasion des fêtes de bienfaisance pour lesquelles on avait réclamé son concours; il se lia avec eux et, dès lors, on put chaque soir, après sa représentation, le rencontrer sur le boulevard, habitué assidu des restaurants de nuit et des tripots clandestins.

Le père Chausserouge s'alarma sérieusement et ce fut pour mettre fin à cette vie de débordements que, très inquiet de l'avenir de son établissement, lorsqu'il ne serait plus là pour veiller aux intérêts matériels de la ménagerie, il conçut un beau jour le projet de marier son fils.

Peut-être, lorsqu'il saurait trouver chez lui une femme gentille, aimante, le jeune homme consentirait-il à renoncer aux joies turbulentes et dispendieuses du dehors.

Justement, il avait quelqu'un à lui proposer.

Un de ses rares amis, originaire de la même province et directeur d'un Musée mécanique, le père Collinet, avait une fille, qui passait sur tout le Voyage pour une vertu inexpugnable.