En vain, il essaya de faire revenir son père sur sa décision.
Chausserouge resta inflexible.
—J'ai fait pour toi tous les sacrifices que me commandait mon affection. Tu me résistes... Je cesse de te traiter en fils, car je ne veux pas voir gaspiller mon bien... Tu travailles, je te donne ton salaire... Tu n'as le droit de rien exiger de plus... Je ne te dois plus rien...
Furieux de cet entêtement qu'il était loin de prévoir, François Chausserouge continua par amour-propre son habituel genre de vie, mais il ne tarda pas à s'apercevoir que l'existence qu'il s'était choisie était hors de proportion avec les ressources relativement modestes dont il disposait à présent.
Le premier, il dut s'avouer vaincu. Un soir de déveine, il perdit au tripot et joua sur parole.
Le lendemain, il lui fallait mille francs pour acquitter sa dette.
Après de longues hésitations, il dut s'adresser à son père.
Le vieux dompteur écouta en silence, réfléchit un instant, puis, levant son regard vers son fils:
—Il faut toujours écouter les anciens, dit-il, et voilà le commencement de ma prédiction qui se réalise. A ton âge, je n'avais pas mille francs à perdre, ni surtout un père derrière moi... N'importe! C'est entendu, tu auras ton argent, mais à une condition... Nous partons demain en «villes mortes».
Partir en villes mortes! Quitter Paris, abandonner le Voyage! Courir la province de chef-lieu en chef-lieu isolément! Mais ça ne se pouvait pas.