La vie commune, cette constante cohabitation, ce rapprochement de tous les instants, finissait par fouetter le sang du jeune homme.

Il ne tarda pas à voir en Amélie autre chose qu'une soeur; il remarqua qu'elle était grande, bien faite, presque jolie.

Énervé peut-être aussi par l'abandon naïf de la jeune fille qui le traitait en frère et qui, élevée librement, n'avait aucune de ces pudeurs féminines s'effarouchant d'un mot leste, les sens excités par l'agaçante quoique inconsciente coquetterie qu'elle déployait, il sentait renaître en lui les instincts brutaux de sa race.

Un soir qu'il se trouva seul en face d'elle dans la ménagerie, faiblement éclairée par le falot du veilleur, il fut pris du désir subit de la posséder.

Il la saisit, appliqua ses lèvres sur sa bouche... Très souple, confiante et câline, elle se laissa aller aux bras du jeune homme.

Elle fermait les yeux, secouée tout entière par la douceur de cette première caresse, si longtemps attendue.

Alors, il l'aimait donc un peu... comme elle voulait être aimée!...

Soudain, François fit un pas... Il cherchait à l'entraîner dans l'angle le plus obscur, là où les palefreniers avaient l'habitude de serrer le fourrage...

Elle comprit, se redressa d'un tour de reins, s'arracha de l'étreinte de son amant; et dit un seul mot:

—François!