Le jeune homme, surpris de cette résistance inattendue, s'arrêta.

Il regarda Amélie un instant, puis, après un silence:

—Tu m'as quelquefois, dit-il, reproché de ne pas t'aimer; c'est toi qui ne m'aimes pas!

—Écoute, François! je suis une honnête fille! Je veux bien être ta femme, mais je ne serai jamais ta maîtresse!... Si je te cédais aujourd'hui, c'est alors que tu aurais le droit de penser que je ne t'aime pas... que peut-être j'ai cédé à d'autres avant toi... tandis que du plus profond de mon coeur, je n'ai jamais été qu'à toi! Ah! je t'en prie, jamais... jamais, entends-tu! ne recommence ce que tu viens de faire!... Je penserais que tu ne me considères pas plus que toutes les autres... celles qui te poursuivaient là-bas, tu sais bien...

—Celles-là, je n'éprouvais pas pour elles le sentiment que j'ai pour toi! s'écria le jeune homme. Oui! tu seras ma femme, je te le promets, je te le jure!... Mais laisse-moi t'aimer... comme je le veux!... Je suis un ramoni, moi... par ma mère! Et ceux de notre sang n'ont pas de ces scrupules bêtes... On se prend quand on s'aime!... Et si, après, on se convient toujours... on se marie devant le plus ancien de la tribu... Allons... viens!

De nouveau il chercha à enlacer la jeune fille, mais elle le repoussa avec force et, se campant résolument en face de lui:

—Je ne suis pas une ramoni, moi!... Donc, je serai ta femme... légalement, et je t'appartiendrai toute entière... si non, je ne serai jamais rien pour toi!... Choisis! je te préviens seulement que si je dois continuer à être en butte à de semblables obsessions, indignes de l'affection que je te porte, demain je pars avec mon père!

—Toi, partir! Ah! non, je ne veux pas! Voici des mois, que je te vois tous les jours, que je me suis habitué à toi... Non! Non! je veux que tu restes... toujours!

—Alors, tu sais ce qui te reste à faire! dit Amélie, en se dirigeant vers la caravane où l'attendait le vieux Collinet.

—Eh bien! soit! Mais je veux t'avoir!