C'est à cette époque qu'il reçut en Belgique la croix du Mérite civil. Bref, François Chausserouge connut toutes les gloires, épuisa les honneurs.

Sa fortune s'arrondissait de jour en jour, et il se sentait si sûr de lui que rien désormais ne pouvait ébranler sa confiance. Il était né, pensait-il, sous une heureuse étoile, et c'était tout.

Le père Chausserouge marchait en plein rêve, tant ce prodigieux succès surpassait ses espérances. Quand il examinait le chemin parcouru, qu'il se reportait à ses débuts, il ne pouvait se défendre d'une certaine appréhension, d'un instinctif effroi.

C'était trop de bonheur à la fois, d'autant plus que son fils était heureux jusque dans son ménage, François ayant justement trouvé dans Amélie la compagne dévouée et aimante qu'il lui fallait.

Quoique d'apparence frêle, la fille du père Collinet avait puisé dans la tendresse qu'elle portait à son mari la force de remplir les devoirs nombreux qui lui incombaient dans cette incessante promenade à travers le monde.

Elle avait bien eu à se plaindre parfois du caractère changeant, même un peu brutal de François, dont l'ardeur s'était calmée, mais elle s'était montrée si dévouée, si attentive et si prévenante que jamais leur union n'avait été troublée par un désaccord grave.

Elle tenait à lui, elle l'aimait, elle eût souffert mille morts plutôt que d'encourir la colère de cet homme à qui elle avait consacré son existence, de s'aliéner l'affection de ce héros qu'elle n'était pas éloignée de prendre pour un demi-dieu.

François Chausserouge était en représentations à Liège lorsqu'elle accoucha d'une fille à qui on donna le prénom d'Élisabeth.

Elle salua cette naissance avec joie; c'était un lien de plus qui l'attachait au jeune dompteur et elle reporta sur le petit être, toute la tendresse dont elle était encore capable.

Le père Chausserouge eut préféré un fils, mais il se résigna bien vite, quand il entendait sa bru lui dire en souriant: