Une pareille proposition ne devait trouver d'objection ni auprès d'Amélie, ni auprès du vieux dompteur.
On avait exploité tout le Midi de la France; on exploiterait le Nord, et l'on pousserait jusqu'en Belgique en faisant séjour à Amiens, à Arras, à Lille, puis après cette dernière tournée, qu'on espérait fructueuse, on rejoindrait définitivement le Voyage.
Huit jours après, le père Collinet, le coeur un peu gros, embrassait sa fille dont il se séparait pour la première fois et la ménagerie se mettait en route.
Les années qui suivirent marquèrent l'apogée de la fortune des Chausserouge. François marchait de succès en succès; d'étapes en étapes, les ovations succédaient aux ovations.
Puissamment aidé par son père, qui se faisait vieux, mais dont l'entrain ne se ralentissait pas, il accomplit des exploits qui restèrent célèbres dans les annales de la banque.
C'est ainsi qu'on le vit faire le pari de monter en ballon avec son lion Néron, et gagner son pari.
A Bruxelles, une actrice célèbre ayant manifesté le désir d'entrer avec lui dans sa cage, il l'y autorisa et il sut tenir ses animaux en respect tandis que l'intrépide comédienne, d'une voix calme, récitait une pièce de vers de Victor Hugo devant un public frémissant d'enthousiasme.
A la suite de cet exploit, il devint à la mode d'assister le dompteur dans ses exercices et nombre de personnalités connues défilèrent avec lui dans la cage centrale.
Ce fut encore lui qui inaugura les séances d'hypnotisme au milieu d'animaux divers réunis pour la circonstance, et jamais un accident ne vint attrister une seule de ses représentations.
Il fut engagé dans les théâtres pour jouer les rôles de dompteur. Il parut dans les Pirates de la Savane, le Juif-Errant, dans une féerie surtout où il eut l'audace d'entrer en scène, au mépris des règlements de police, suivi de deux lionnes en liberté.