Pour sa vengeance, il se contenta d'inviter son ami à sa noce, qui devait se célébrer avec éclat au Salon des Familles, à Saint-Mandé.

On garda longtemps sur le Voyage le souvenir de cette fête à laquelle on avait convoqué le ban et l'arrière-ban de l'industrie foraine.

Dans une salle immense, tapissée de peaux de lions, ornée de trophées, autour d'une table en fer à cheval, chargée de victuailles, prirent place toutes les illustrations, toutes les célébrités du Voyage.

D'abord, les collègues, les dompteurs fameux: Dozon, Perdel, Giovanni, Gladiator, Julio et Bella-Mina, qui avaient tenu, en cette solennelle circonstance, à donner à leur aîné dans la carrière des marques de leur sympathie.

Puis Lamberty, directeur du Miroir Magique, celui que les ramonis reconnaissaient pour chef suprême; puis Devisme, Deker, les grands impresarios, Oiselli, directeur du Cirque des animaux savants, les Romillard, dû théâtre des Marionnettes, Augustin Bay, du Grand tir algérien, enfin la foule des montreurs de phénomènes, des patrons d'entresorts, manèges, massacres et tombolas; puis Bermondy, le grand champion de la lutte, directeur des Grandes Arènes, puis pêle-mêle des journalistes, des boulevardiers, des acteurs.

Amélie Collinet, toute rougissante et fière de s'appuyer sur le bras du beau dompteur, manifestement gêné dans son habit noir, était charmante dans son costume de mariée.

Le père Chausserouge était rayonnant. Quant à Collinet, il ne pouvait croire à tant de bonheur. Jamais, il n'aurait osé espérer pour sa fille, un parti aussi cossu.

La fête fut pleine de gaieté. On dansa jusqu'au matin aux sons de la cornemuse, et le père Chausserouge retrouva ses vingt ans pour ouvrir le bal avec sa bru, en exécutant aux applaudissements de tous, la danse de son pays, la bourrée traditionnelle.

Le lendemain, on tint conseil et on rechercha le parti auquel il convenait de s'arrêter.

La campagne en province avait été particulièrement heureuse; François fut d'avis de ne pas rester en si bon chemin, d'autant plus qu'il se souciait peu de passer sa lune de miel au milieu de ses anciens amis.