Le père Vermieux était l'usurier des forains.
Ancien «voyageur», il avait un beau jour vendu le manège de chevaux de bois avec lequel il avait fait fortune et s'était retiré dans le petit trou d'Auvergne où il était né.
Mais bientôt repris de la nostalgie de la vie nomade, il avait rejoint le «Voyage» et il s'était constitué le banquier de ses anciens confrères.
Aux uns, il prêtait à la petite semaine; aux autres, aux riches, à ceux dont l'installation offrait une garantie, il faisait des avances à plus long terme, surveillant lui-même l'emploi des fonds qu'il confiait, pourtant à de gros intérêts.
De temps en temps, le père Vermieux faisait un tour au pays, puis on le voyait régulièrement reparaître aux échéances. Il était avare et sa parfaite connaissance du métier et de la solvabilité de ses débiteurs l'assurait contre toute mauvaise spéculation.
Plein d'indulgence pour ceux qu'il savait pouvoir se relever à la suite d'une campagne malheureuse, il était intraitable à l'égard de ceux qui étaient à la côte, et il les exécutait alors sans pitié.
On le craignait plus, encore qu'on ne le détestait, car il n'était peut-être pas un forain sur le «Voyage» qui n'eût eu besoin dans sa vie d'avoir recours à lui.
Justement Chausserouge était son obligé. C'était le surlendemain qu'il devait payer à Vermieux une somme de trois cents francs; il l'avait oublié; l'apparition du petit vieux venait brusquement de rappeler ce léger détail à sa mémoire.
—Eh bien, mes enfants, que pensez-vous de ce petit temps-là? Ça ne doit pas faire aller le commerce?
—M'en parlez pas, père Vermieux! Nous avons dû fermer à dix heures.