Elle était née au faubourg Saint-Antoine, d'un père ébéniste et d'une mère passementière.

Son enfance, peu surveillée, s'était écoulée au milieu de la promiscuité des quartiers populeux; et, dès son jeune âge, elle avait montré une grande précocité.

Elle avait treize ans lorsque son père, un alcoolique invétéré, était mort à l'hôpital et sa mère était restée avec quatre enfants dont elle était l'aînée.

Jolie, d'une taille bien prise, n'ignorant rien, elle avait été vite en butte à des sollicitations dont elle comprenait la nature, mais sa jeune expérience déjà mûre l'avait mise en garde contre le danger.

Un jour qu'avec un cynisme ingénu elle racontait à sa mère une de ces aventures auxquelles elle était journellement en butte:

—Moi, conclut-elle, je suis comme cela! Je me donnerai pour rien à qui me plaira, ou pour beaucoup d'argent à qui me paiera!

Elle n'avait pas achevé qu'elle recevait une paire de taloches.

Mais un jour qu'on avait faim à la maison et que les petits criaient devant le buffet vide, elle rentra portant sous son bras un pain de six livres et, ployé dans un papier graisseux, un magnifique poulet rôti.

Puis elle tira de sa poche une pièce de vingt francs qu'elle déposa sans mot dire sur la table.

Cette fois, la mère embrassa sa fille. Pour son bon coeur, elle lui pardonnait sa faute.