Tel fut le début dans la vie de la jeune Louise.
De ce jour, elle fut libre de vivre à sa guise et la maison ne chôma plus.
La mère, qui se faisait vieille et qui ne dédaignait pas de boire de temps en temps un petit verre avec les voisins, abandonna son métier et s'habitua à ce régime, si bien qu'un jour sa fille ne s'étant pas trouvée en mesure d'acquitter le montant du terme, elle leva la main sur elle pour la rappeler au sentiment de ses devoirs.
Mais Louise allait avoir seize ans.
Outrée de ce procédé, elle ne reparut pas le lendemain, mais une lettre prévenait la mère de la résolution de la jeune fille.
«Ma chère mère, j'ai rempli mon devoir; tu n'as pas rempli le tien, tant pis pour toi! Je ne veux pas être maltraitée. Débrouille-toi. Ne cherche pas à me retrouver, tu n'y arriverais pas.
«Ta fille dévouée, LOUISE.»
La mère furieuse porta cette lettre au commissaire de police, qui prescrivit des recherches, mais en vain. Elle ne revit plus la gamine.
Louise avait profité de la fin de la fête du Trône pour filer avec celui de ses amoureux qui lui semblait non le plus digne d'être aimé, mais le plus facile à conduire.
Elle n'avait choisi ni le plus jeune, ni le plus beau, ni le plus riche, mais un simple photographe ambulant, qui opérait «en palque», c'est-à-dire derrière un tour de toile en plein vent.