Charles Tabary, de vingt ans plus vieux qu'elle, était un garçon intelligent qui, par son activité et son savoir-faire, eût pu se créer une situation enviable sur le Voyage, sans son penchant immodéré pour l'absinthe.
Tout d'abord, il recula quand cette gamine lui offrit de partir avec lui; mais elle l'assura si nettement qu'il n'avait rien à craindre et tout à gagner en la gardant, qu'il accepta, flatté, au fond, d'un choix qui l'avait fait préférer à vingt autres.
Louise, très belle fille, déjà fort connue des forains, était, il le savait, l'objet des poursuites de nombre de ses collègues.
Elle passa deux jours dans la chambre noire, le temps de tout emballer, puis ils partirent par une nuit obscure et quittèrent Paris, sans toutefois trop s'en éloigner.
Ils firent ensemble toutes les fêtes de la banlieue.
C'est alors qu'il put admirer de combien de ressources disposait l'esprit inventif et commerçant de sa jeune amie.
Elle se mit rapidement au courant des moindres détails du métier et la baraque prospéra. Jamais photographie n'avait eu marcheuse plus engageante. Personne mieux qu'elle ne savait empaumer son monde.
Comme il s'étonnait par fois d'un résultat semblable:
—Tout ça, vois-tu, lui disait-elle dans l'argot spécial de la banque, c'est du truc! Le tout est de savoir bien engrainer le trèpe[[1]] et préparer son lantodage[[2]].
En effet, on ne passait pas impunément devant la baraque, véritable toile d'araignée, dans laquelle elle excellait à faire tomber les mouches.