—Monsieur, votre portrait... un franc... c'est pas cher... on ne vous demande qu'une minute!

Et on ne résistait pas au clin d'oeil de la jolie fille; on entrait parfois dans l'espoir de trouver derrière ce jour de toile un recoin tutélaire où l'on put être à l'abri des regards indiscrets...

—Madame, le portrait de votre joli bébé... en une seconde c'est fait... en souvenir de la fête... Oh! mon Dieu! quel amour d'enfant!

Et la mère ravie suivait la marcheuse.

Et à l'intérieur, elle savait si bien enjôler le client!

—Voilà votre portrait!... Voyez comme il est réussi! Malheureusement, il sera bien vite brûlé... à cause du soleil... tandis qu'avec une couche d'émail... Ce sera vraiment dommage... Une couche d'émail et vous pourriez le conserver indéfiniment... C'est si vite fait... Oui, n'est-ce pas?... Charles, émaille le portrait de monsieur!... Ce n'est pas cher, ce n'est qu'un franc!

Puis, pour faire patienter le client étourdi par ce flot de paroles:

—Maintenant, continuait-elle, je vais préparer le cadre, un joli cadre... n'est-ce pas... Vous ne voudriez pas le donner à votre connaissance sans un cadre... Regardez celui-là, tenez!... Partout vous le payeriez trois et quatre francs... Chez nous qui tenons à notre clientèle et qui ne cherchons pas à les estamper, ce n'est que trente sous... Charles, fixe le portrait de monsieur dans ce cadre!... Tu sais, celui-là, pas un autre... c'est celui-là que monsieur a choisi!...

Et s'il s'agissait d'une jeune femme:

—Comment? pas de bijoux!... Oh! une femme sans bijoux... sur une photographie!... Nous en avons de faux... qui imitent le vrai... pour la pose... Et nous ne prenons rien pour cela!